Article – Assises de l’arbitrage

Assises de l'Arbitrage : Jennifer Jaans partage son regard sur l'avenir de la filière

Les 5 et 6 septembre derniers, la Ligue Nouvelle-Aquitaine de Handball organisait la première édition des Assises de l’Arbitrage, à Civray puis à Mimizan. Un nouveau rendez-vous destiné à réunir les différents acteurs du handball autour d’un même objectif : prendre le temps d’échanger, de partager les expériences et de réfléchir collectivement à l’avenir de l’arbitrage.
Arbitre et responsable de l’école d’arbitrage de Canéjan, Jennifer Jaans a participé à ces échanges. Quelques semaines après cette première édition, elle revient sur les discussions qui l’ont marquée, la place des JAJ, les enjeux liés aux incivilités et les actions qu’elle aimerait voir se concrétiser.
 
Jennifer, comment se sont déroulées ces premières Assises de l’Arbitrage ?
 
Les Assises se sont très bien passées. Je trouve qu’avoir une journée consacrée à l’arbitrage et à la réflexion autour de son évolution est primordial. C’est un temps nécessaire pour prendre du recul, échanger et surtout faire émerger des idées concrètes.
 
J’ai trouvé la matinée un peu longue, mais l’après-midi m’a particulièrement plu, notamment grâce aux ateliers d’échanges. Ils ont permis d’avoir des discussions beaucoup plus concrètes et de confronter les expériences de chacun.
 
Ces échanges avec les clubs, les entraîneurs, les arbitres et les représentants de la Ligue t’ont-ils permis de découvrir d’autres réalités ?
 
Oui, clairement. Échanger avec les différents acteurs de l’arbitrage m’a permis de découvrir d’autres points de vue et de mieux comprendre les problématiques rencontrées sur le terrain.
J’ai notamment constaté que les difficultés rencontrées par les clubs sont assez similaires, notamment concernant les exigences de la CMCD et la difficulté à répondre à l’ensemble des obligations.
J’ai aussi beaucoup apprécié les échanges autour des écoles d’arbitrage. Cela m’a permis de repartir avec de nouvelles idées pour améliorer le fonctionnement de la nôtre et, pourquoi pas, développer davantage de liens avec les écoles de handball des clubs voisins.
 
Les JAJ ont occupé une place importante dans les réflexions. Quelles pistes t’ont particulièrement intéressée ?
 
Les réflexions autour des JAJ m’ont particulièrement intéressée. Pour moi, les notions de protection, de valorisation et de fidélisation sont essentielles.
La mise en place d’une boutique avec des tarifs intéressants pour les JAJ, du débutant jusqu’au niveau élite, est par exemple une très bonne idée. Cela permettrait de valoriser leur investissement et de leur donner le sentiment d’appartenir pleinement à cette filière.
La communication autour des JAJ est également une piste qui me paraît très intéressante. Promouvoir leur activité à travers des vidéos, des affiches ou des contenus mettant en avant les jeunes arbitres qui participent aux différentes actions permettrait de mieux faire connaître leur rôle et de sensibiliser les joueurs, les parents et les clubs.
Je pense également qu’il serait intéressant de montrer le parcours d’un JAJ, depuis ses débuts jusqu’au niveau élite. Cela donnerait davantage de visibilité aux différentes étapes et permettrait de montrer que l’arbitrage peut être un parcours évolutif et valorisant.
 
Tu aurais toutefois aimé que les arbitres adultes soient davantage évoqués ?
 
Oui. Même si les JAJ ont logiquement occupé une place importante dans les échanges, je pense qu’il aurait été intéressant de parler davantage des arbitres adultes.
Ils restent des acteurs essentiels du jeu et rencontrent eux aussi des problématiques de préservation, de reconnaissance, de fidélisation et de protection.
La réflexion sur l’avenir de l’arbitrage doit, selon moi, prendre en compte l’ensemble de la filière et pas uniquement son renouvellement par les JAJ.
Si l’on souhaite avoir davantage d’arbitres sur le circuit, il faut commencer dès le plus jeune âge, mais aussi réussir à accompagner les jeunes dans la durée, notamment en développant les JAT3 et en valorisant réellement leur investissement.
Cela passe nécessairement par un soutien plus important aux comités, qui sont au plus près des clubs et des jeunes arbitres.
 
En tant que responsable d’école d’arbitrage, quels outils te semblent aujourd’hui manquer pour accompagner les JAJ ?
 
Un constat que je fais est le manque de supports réellement dédiés aux JAJ sur les sites de la FFHandball, de la Ligue ou du Comité.
Pour préparer et accompagner les jeunes arbitres, j’ai dû aller chercher des documents proposés par d’autres comités, dont certains sont vraiment très bien conçus et directement utilisables.
Il serait intéressant d’avoir une véritable « boîte à outils JAJ » mise à disposition au niveau fédéral ou régional : supports pédagogiques, QCM, fiches de règles, exercices, documents pour les écoles d’arbitrage, outils pour les accompagnateurs, etc.
Cela permettrait aux clubs et aux écoles d’arbitrage de disposer d’une base commune et faciliterait l’accompagnement des jeunes.
 
Les incivilités ont également été évoquées. Quelles actions aimerais-tu voir mises en place ?
 
Pour moi, c’est l’un des sujets qui doit absolument aboutir à des mesures concrètes.
Il est essentiel de mettre en place les moyens nécessaires pour mieux protéger les arbitres et créer un environnement plus serein autour des rencontres.
L’idée d’une meilleure formation et d’un véritable accompagnement du responsable de salle est intéressante et, à mon sens, cela devrait être obligatoire dans chaque club.
La question des sanctions concernant les entraîneurs lorsque leur comportement dépasse les limites mérite également d’être approfondie. Pourquoi ne pas, par exemple, proposer des travaux d’intérêt général qui pourraient être réalisés au sein d’une école d’arbitrage ? Cela permettrait de transformer la sanction en quelque chose d’utile et de constructif.
Une meilleure utilisation du TRC est aussi à envisager. D’après les échanges que j’ai pu avoir, il semble encore mal compris ou insuffisamment utilisé dans certains clubs.
Enfin, il faut davantage sensibiliser avant les rencontres.
 
Tu as notamment une idée autour d’un message de prévention avant les matchs. Comment l’imagines-tu ?
 
J’aimerais voir se mettre en place une annonce officielle de prévention avant chaque match. Elle pourrait être préenregistrée avec la voix d’enfants ou de jeunes du club et adaptée à chaque structure. Selon le temps disponible entre les rencontres, elle pourrait être diffusée dans la salle ou être portée directement par les capitaines des deux équipes.
L’objectif serait d’avoir un message simple rappelant que les arbitres sont là pour permettre au match de se dérouler et que le respect doit être la règle pour tous.
 
Après cette première édition, souhaiterais-tu que les Assises deviennent un rendez-vous annuel ?
 
Oui, je pense qu’il est important de continuer à organiser ces Assises chaque année.
Elles permettent à la Ligue de présenter les actions et les projets mis en place, mais également aux clubs de faire remonter leurs réalités de terrain, leurs difficultés et leurs propositions.
Pour aller encore plus loin, pourquoi ne pas demander, dès l’année prochaine, que chaque responsable d’école d’arbitrage puisse participer aux Assises, en complément d’un membre du bureau du club si celui-ci le souhaite ?
Les responsables des écoles d’arbitrage sont directement au contact des JAJ. Ils sont donc particulièrement bien placés pour faire remonter les besoins du terrain et proposer des solutions concrètes.
 
Pour conclure, qu’est-ce que tu retiens principalement de ces deux journées ?
 
Je retiens surtout l’importance de créer ce temps d’échange autour de l’arbitrage. Les idées sont nombreuses et certaines méritent maintenant d’être transformées en actions concrètes.
Pour moi, les priorités sont clairement la protection et la fidélisation des JAJ, la valorisation de l’arbitrage, l’accompagnement des écoles d’arbitrage, la lutte contre les incivilités et une meilleure protection des arbitres, qu’ils soient jeunes ou adultes.
L’enjeu est de construire une véritable filière de l’arbitrage, dans laquelle un jeune qui commence aujourd’hui puisse être accompagné, valorisé et avoir envie de poursuivre jusqu’aux niveaux les plus élevés.